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  • Bénédicte Bonnet

Re-mobilisons nos corps et nos esprits

« C'est chose tendre que la vie, et aisée à troubler »

Montaigne

Nous voilà en 2020 perturbés par une pandémie mondiale qui nous rappelle combien la vie que nous vivons n’est pas un long fleuve tranquille. Nous sommes tous dans l’obligation de cesser nos activités au profit d’une immobilisation à domicile pour éviter de contracter ce fameux virus COVID-19. Alors face au temps qui me semble si long, naturellement je m’interroge, je remonte dans ma tête pour penser, pour tenter de comprendre dans mon 50 m2, immobile ce qui me signifie que je suis en vie.

« Je pense donc je suis » me direz-vous avec empressement mais la culture japonaise, influencée par la Chine, ne dissocie pas la discipline mentale de l’exercice corporel. Il n’y a pas séparation du corps et de l'esprit, ni dichotomie entre conscient et inconscient. Le corps n’est pas considéré comme un outil nous permettant d’exécuter notre vie mais comme un lieu d’accueil de l'énergie.

Cependant le confinement nous demande d’être immobile, de rester chez soi. Ce blocage du corps se retrouve immédiatement dans un brouillage de notre pensée. Sans compter que notre esprit est surchargé par les informations confuses des médias et les nombreuses sollicitations extérieures. Alors comment, au milieu de cette agitation, retrouver la paix ?

Notre travail en cette période, il me semble, est d’abord de maintenir notre corps en harmonie : canaliser notre énergie et non pas la bloquer pour la faire à nouveau circuler et ainsi retrouver notre sérénité. Cela peut passer par de la méditation en position assise pour accueillir nos émotions et ressentir les blocages du corps puis le lâcher prise. Ou bien, en reprenant notre pratique d’Aïkido : bouger notre corps en réalisant par exemple des répétitions de formes prédéfinies, les kata. L’esprit pourra alors de nouveau se rendre disponible, être agile, s’adapter au monde en constante évolution, qui l’entoure.

Mais cette épidémie nous renvoie aussi aux notions de vie et de mort. En tant que pratiquants d’Aïkido, cela nous renvoie directement aux origines de cet art martial, Budo. Traditionnellement, les guerriers bushi obtenaient leur savoir par la transmission et l'apprentissage. Leur but était de « se déplacer avec une lance » vers leur ennemi (voir ce lien) en étant prêt à mourir. Nous retrouvons ici la notion de mobilité du corps en restant serein face à la menace de l’ennemi ou de la mort. Taisen Deshimaru écrivit « Marcher est aussi le Zen… Que l’on bouge ou que l’on soit immobile le corps demeure toujours en paix même si l’on se trouve face à une épée l’esprit demeure tranquille. »

Le travail que nous réalisons en Aïkido n’est-il donc pas un apprentissage basé sur le mouvement du corps pour faire que l’esprit vive l’instant sans avoir peur de la mort ?




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